L'arrache-coeur - Boris Vian

L'arrache-coeur - Boris Vian
4 / 5


Commencé le : 16 . 02 . 07
Terminé le : 24 . 02 . 07


Résumé :

Voilà un coin de campagne où l'on a de drôles de façons... La foire aux vieux, par exemple. Curieuse institution ! On sait bien aussi que tous les enfants peuvent voler comme des oiseaux dès qu'ils étendent leurs bras - mais est-ce une raison suffisante pour les enfermer derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus clos ? Le psychiatre Jacquemort se le demande puis ne se le demande plus, car il a trop à faire avec la honte des autres, qui s'écoule dans un bien sale ruisseau. Mais nous, qui restons sur la rive, nous voyons que Boris Vian décrit simplement notre monde. En prenant chacun de nos mots habituels au pied de la lettre, il nous révèle le monstrueux pays qui nous entoure, celui de nos désirs les plus implacables, où chaque amour cache une haine, où les hommes rêvent de navires, et les femmes de murailles.


Impressions :

Une langue magnifique, personnalisée. Une histoire, bien que peu active, intéressante qui m'a fait me poser pas mal de questions. Une caricature du monde actuel? Un image de l'homme et de la femme passe ici très clairement. Beaucoup de sujets abordés qui nous entraînent dans toutes sortes de questionnements. L'amour, la maternité, l'homme, la femme, la liberté, la psychanalyse, la honte...


Morceaux choisis :

"Il faut que je les repêche avec mes dents, dit l'homme. Les choses mortes ou les choses pourries. On les jette pour cela. Souvent on les laisse pourrir exprès pour pouvoir les jeter. Et je dois les prendre avec mes dents [...] J'ai une maison, dit l'homme, qui avait remarqué le mouvement de Jacquemort et souriait. On me donne à manger. On me donne de l'or. Beaucoup d'or. Mais je n'ai pas le droit de le dépenser. Personne ne veut rien me vendre. J'ai une maison et beaucoup d'or, mais je dois digérer la honte de tout le village. Ils me paient pour que j'aie des remords à leur place. De tout ce qu'ils font de mal ou d'impie. De tous leurs vices. De leurs crimes. De la foire aux vieux. Des bêtes torturées. Des apprentis. Et des ordures."

# Posté le dimanche 29 juillet 2007 11:51

Modifié le dimanche 29 juillet 2007 12:02

Autobiographie d'une courgette - Gilles Paris

Autobiographie d'une courgette - Gilles Paris
5 / 5


<3


Commencé le : 24 . 02 . 07
Terminé le : 03 . 03 . 07


Résumé :

"Depuis tout petit, je veux tuer le ciel". Ainsi commence l'histoire racontée par Icare, un petit garçon naïf et inculte, surnommé Courgette, qui, à neuf ans, vit à la campagne avec sa mère. Depuis son accident, la mère de Courgette ne travaille plus à l'usine et boit des bières en regardant la télévision du matin au soir. Elle s'occupe peu de son fils qui n'apprend rien à l'école et joue seul pour la plupart du temps. Les rares dialogues échangés passent par la télévision, source d'inspiration de Courgette qui ne connaît la vie qu'à travers le petit écran. Un jour, Courgette découvre un revolver et tue accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur" et Courgette est envoyé dans une maison d'accueil. Mais pour Courgette, contrairement aux autres enfants, la maison d'accueil est loin d'être "une prison". L'apprentissage d'une vie passe désormais par les Fontaines et tous les rêves de Courgette deviennent possibles.


Impressions :

Un livre bouleversant de tendresse, de tristesse, d'amour, d'humour. Mais aussi écrit avec une grande sincérité enfantine. L'histoire est racontée par Courgette, c'est donc à travers ses yeux d'enfant que l'on découvre une histoire troublante. Ce qui m'a le plus touchée est la naïveté de Courgette dans des moments de la vie quotidienne et de l'amour qui l'unit à Camille. Un amour simple et beau. Un livre très émouvant.


Morceaux choisis :

"Elle ressemble à une poupée de chiffon toute molle et ses yeux sont grands ouverts. Je pense aux films policers où des tas de femmes se font tuer et après elles ressemblent à des tas de chiffons toutes molles et je me dis : "c'est ça, j'ai tué maman."
"Camille s'est allongée sous un arbre et elle m'a dis "viens là, on va regarder les feuilles" et je me suis couché près d'elle et on a regardé les feuilles et le soleil qui jouait comme si des centaines de petites lampes s'allumaient et s'éteignaient sous le vert des feuilles et j'ai posé ma tête sur son épaule et puis je crois que toutes les lumières se sont éteintes et je me suis endormi."
"Camille s'approche de moi et dit "sourire quand on vous prend en photo" et elle fait comme si elle tenait un appareil photo. Aussitôt tous les copains cessent d'imiter la directrice et ils viennent tous se coller à moi et ils font des grimaces horribles.
- Prêts ? dit Camille. Attention, le petit oiseau va sortir !"

# Posté le dimanche 29 juillet 2007 12:13

Modifié le dimanche 29 juillet 2007 12:27

Manuella - Philippe Labro

Manuella - Philippe Labro
5 / 5



Commencé le : 04 . 03 . 07
Terminé le : 11 . 03 . 07


Résumé :

"Je n'écris que cela, des banalités. En fait, je suis nulle. Toutes mes amies me disent que je suis géniale et belle et sympa et positive, et mes parents disent la même chose et tout le monde me croit formidablement sûre de moi, si seulement ils savaient à quel point je me trouve nulle. J'ai tout faux. Je suis encore vierge, 9/10 (ou plutôt 10/10) de mes amies ne le sont plus depuis longtemps, elles ont toutes plus ou moins un garçon dans leur vie, et moi rien. Plaignez, plaignez la pauvre petite poule sans amour, la gentille fille de bon aloi qui ignore ce que l'amour physique veut dire, le bébé à l'enveloppe de femme qui a les chevilles trop épaisses, les hanches trop larges, un nez trop épaté, une oreille qui dit bonjour à l'autre, des fossettes trop hautes et un menton trop pointu, et qui marche en faisant des mouvements comme les bâteaux qui tanguent dans le port lorsqu'il y a de la houle"


Impressions :

L'histoire d'une adolescente qui grandit, qui prend conscience de beaucoup de choses. Manuella est très attachante et rend l'histoire à la fois triste et belle. Ce livre m'a beaucoup touchée. Malgré sa simplicité, les émotions ressortent et l'on se prend vraiment à l'histoire. Il y a une très belle vision des sentiments : l'amour et l'amitié. Un livre très plaisant.


Morceaux choisis :

"Ce n'est pas angoissant parce qu'il ne se passe rien de désagréable ou de glauque au bout du rêve. A un moment donné, il s'interrompt tout simplement, et j'ouvre les yeux, puis je me rendors et je vais faire tous les efforts possibles pour revenir voler au ras de l'eau, retrouver le premier rêve."
"J'ai du mal à le dire, mais c'était le simple évènement d'être avec lui, d'écouter sa voix, de suivre sa manière de penser, les aller et retour de sa pensée, de comprendre assez aisément qu'il était "double" en effet, et que, lorsqu'il avait laissé tomber le masque, lorsqu'il avait enfin abandonné son misérable instinct de plaire, son goût immodéré pour la parade, il devenait un garçon chaleureux, attentif, presque modeste."

# Posté le dimanche 29 juillet 2007 12:31

Modifié le jeudi 02 août 2007 08:33

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac
5 / 5


Commencé le : 11 . 03 . 07
Terminé le : 18 . 03 . 07


Résumé :

Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.
Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don...


Impressions :

J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire et à comprendre le lien qu'il y avait entre les personnages. L'histoire m'a tout de même beaucoup plue. Le personnage de Monsieur Malaussène est attachant, rigolo, parfois triste. Tous ses frères et soeurs sont très, très mignons et ont chacun un caractère spécifique. L'enquête m'a beaucoup plus et la fin m'a beaucoup surprise : vivement la suite !


Morceaux choisis :

"Je lui explique alors que la fonction dite de contrôle technique est absolument fictive. Je ne contrôle rien du tout, car rien n'est contrôlable dans la profusion des marchands du temple. A moins de multiplier par dix les effectifs des contrôleurs. Or donc, lorsqu'un client se pointe avec une plainte, je suis appelé au bureau des Réclamations où je reçois une engueulade absolument terrifiante. Mon boulot consiste à subir cette tornade d'humiliations, avec un air si contri, si paumé, si profondément désespéré, qu'en règle générale le client retire sa plainte pour ne pas avoir mon suicide sur la conscience, et que tout se termine à l'amiable, avec le minimum de casse pour le magasin : voilà. Je suis payé pour ça. Assez bien d'ailleurs."

# Posté le jeudi 02 août 2007 08:41

Modifié le dimanche 28 octobre 2007 07:22

La fée carabine - Daniel Pennac

La fée carabine - Daniel Pennac
4 / 5

Commencé le : 19 . 03 . 07
Terminé le : 29 . 03 . 07


Résumé :

"Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du 3ème âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits enfants, et si on prétend que tout ça c'est ma faute, moi je pose la question : où va-t-on?" Ainsi s'interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille, élevant les innombrables enfants de sa mère, coeur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fdèle, ami infaillible, maître affectueux d'un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l'innocence même ("l'innocence m'aime") et pourtant...pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale.


Impressions :

Une suite surprenante mais agréable. L'intrigue est intéressante mais assez longue tout de même. L'histoire entre Julia et Malaussène devient belle et pleine de charme. Le principe du bouc émissaire continue de me plaire dans le sens où c'est selon moi une caricature de notre société.


Morceaux choisis :

" - C'est vrai, oncle Stojil, j'ai vu une fée, elle a transformé un mec en fleur
- Ca vaut mieux que le contraire, répond Stojil sans quitter l'échiquier des yeux.
- Pourquoi?
- Parce que le jour où les fées transformeront les fleurs en mecs, les campagnes ne seront plus fréquentables."
" Il y a ceux que le malheur effondre. Il y a ceux qui en deviennent tout rêveur. Il y a ceux qui parlent de tout et de rien au bord de la tombe, et ça continue dans la voiture, de tout et de rien, pas même du mort, de petits propos domestiques, il y a ceux qui se suicideront après et ça ne se voit pas sur leur visage, il y a ceux qui pleurent beaucoup et cicatrisent vite, ceux qui se noient dans les larmes qu'ils versent, il y a ceux qui sont contents, débarrassés de quelqu'un, il y a ceux qui ne peuvent plus voir la mort, ils essaient, mais ils ne peuvent plus, le mort a emporté son image, il y a ceux qui voient la mort partout, ils voudraient l'effacer, ils vendent ses nippes, brûlent ses photos, déménagent, changent de continent, rebelotent avec un vivant, mais rien à faire, le mort est toujours là, dans le rétroviseur, il y a ceux qui pique-niquent au cimetière et ceux qui le contournent parce qu'ils ont une tombe creusée dans la tête, il y a ceux qui ne mangent plus, il y a ceux qui boivent, il y a ceux qui se demandent si leur chagrin est authentique ou fabriqué, il y a ceux qui se tuent au travail et ceux qui prennent enfin des vacances, il y a ceux qui trouvent la mort scandaleuse et ceux qui la trouvent naturelle avec un âge pour, des circonstances qui font que, c'est la guerre, c'est la maladie, c'est la moto, la bagnole, l'époque, la vie, il y a ceux qui trouvent que la mort c'est la vie. Et il y a ceux qui font n'importe quoi : qui se mettent à courir, par exemple. A courir comme s'ils ne devaient plus s'arrêter. C'est mon cas."

# Posté le dimanche 28 octobre 2007 10:54